L’or peut-il se maintenir à 4 300 $ ? Les rendements à 30 ans proches de 5 % redéfinissent la valorisation des actifs

Marchés
Mis à jour: 18/06/2026 10:18

18 juin 2026 : L’or au comptant a connu une forte envolée lors de la séance asiatique, franchissant brièvement la barre des 4 320 $ l’once et enregistrant un gain intrajournalier de plus de 1,4 %. Quelques heures plus tôt, le métal jaune avait touché un plus bas de séance à 4 219 $. Ce retournement spectaculaire est intervenu dans le sillage de la première réunion du FOMC présidée par le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh. Bien que la fourchette cible du taux des fonds fédéraux soit restée inchangée à 3,50 % – 3,75 % pour la quatrième réunion consécutive, le « dot plot » indique que la moitié des membres du comité anticipent au moins une hausse de taux en 2026. Ce ton restrictif a propulsé le rendement des bons du Trésor américain à 2 ans de près de 14 points de base en une seule journée, à 4,184 %, tandis que le rendement à 30 ans a légèrement reculé à 4,929 %.

Cette évolution des prix illustre la tension centrale qui anime actuellement les marchés : l’or — un actif physique ne générant aucun revenu d’intérêts — se retrouve en concurrence directe avec les bons du Trésor américain à 30 ans, dont le rendement avoisine les 5 %. En mai, les rendements à long terme des Treasuries ont franchi la barre des 5 % pour la première fois depuis 2007. Parallèlement, après avoir atteint un sommet historique en janvier 2026, l’or a subi un repli de plus de 20 %. La logique de valorisation de ces deux actifs est en pleine mutation.

L’or en 2026 : rebond après un repli de 28 % depuis les sommets historiques

Si l’on revient sur la performance de l’or depuis le début de l’année 2026, on distingue nettement deux phases. De janvier à février, les cours internationaux de l’or ont connu une forte progression, gagnant plus de 20 % en deux mois. À cette période, les marchés anticipaient encore des baisses de taux de la Fed, les primes de risque géopolitique restaient élevées, et l’or poursuivait sa dynamique robuste : +13,5 % en 2023, +26 % en 2024 et +44 % en 2025.

Le point d’inflexion intervient en mars, avec une chute de 11,6 % sur le mois. Le mouvement s’est accéléré en juin, avec une baisse marquée de 4,4 % en une seule séance le 10 juin. Le 11 juin, l’or au comptant à Londres a touché un plus bas à 4 024 $ l’once, soit un repli de 28 % par rapport au sommet annuel, effaçant ainsi tous les gains accumulés depuis le début de l’année.

Ce mouvement de vente s’explique par plusieurs facteurs. Le 11 juin, la Banque centrale européenne a relevé ses trois principaux taux directeurs de 25 points de base, sa première hausse depuis septembre 2023, remettant en cause le consensus précédent sur un cycle mondial de baisse des taux. Par ailleurs, selon les données du World Gold Council, les ETF aurifères mondiaux ont enregistré des sorties nettes d’environ 2 milliards de dollars en mai, les encours sous gestion reculant de 2 % sur un mois, à 604 milliards de dollars. Le secteur de l’IA a continué de surprendre à la hausse, attirant d’importants flux vers les actions et réduisant l’attrait relatif de l’or dans l’allocation d’actifs.

Cependant, depuis la mi-juin, l’or montre des signes clairs de stabilisation et de rebond. Le 15 juin, l’or au comptant à Londres a clôturé à 4 323,5 $ l’once, tandis que les contrats à terme à New York ont brièvement atteint 4 356,8 $, en hausse de 2,78 %. Lors de la séance asiatique du 18 juin, le cours de l’or a de nouveau franchi les 4 300 $. Le marché réévalue désormais la logique de valorisation de l’or alors que le cycle de hausse des taux touche à sa fin.

Rendements à 30 ans proches de 5 % : l’épreuve ultime pour un actif sans rendement

En tant qu’actif ne générant aucun revenu, le coût d’opportunité de l’or dépend directement du niveau des taux d’intérêt. Lorsque les rendements obligataires augmentent, le « coût d’opportunité » de détenir de l’or s’accroît : les investisseurs pourraient obtenir un rendement garanti en achetant des obligations d’État, plutôt que de conserver un actif sans flux de trésorerie.

En mai 2026, le rendement des Treasuries américains à 30 ans a dépassé les 5 % pour la première fois depuis 2007, culminant à 5,177 % fin mai. Même s’il est revenu autour de 4,929 % après la décision de la Fed du 18 juin, il demeure à son plus haut niveau depuis 2007.

Ce niveau de rendement est lourd de conséquences. Un investisseur qui achète aujourd’hui un Treasury à 30 ans et le conserve jusqu’à l’échéance peut verrouiller un rendement annualisé proche de 5 %, un retour contractuel quasi sans risque (en dollars). Pour les grands gestionnaires d’actifs à long terme, comme les fonds de pension ou les assureurs, ce rendement constitue déjà une alternative crédible aux actifs sans rendement comme l’or.

Il convient toutefois de noter que la corrélation inverse traditionnelle entre le cours de l’or et les rendements obligataires tend à s’estomper. Selon l’équipe allocation d’actifs de Janus Henderson dans une analyse de juin 2026, l’or continue de suivre les rendements réels sur les 18 derniers mois, mais « depuis une base structurellement plus élevée ». Depuis 2022, les achats d’or par les banques centrales des marchés émergents ont relevé le niveau plancher de long terme. Les rendements réels continuent d’influencer les mouvements à court terme, mais ils ne déterminent plus à eux seuls le seuil plancher du prix de l’or.

Or vs Bitcoin en 2026 : divergence entre deux « monnaies alternatives »

Au-delà de la dynamique or–obligations, le contraste entre l’or et le Bitcoin représente un autre enjeu majeur. En 2026, ces deux actifs — souvent regroupés sous l’appellation de « monnaies alternatives » ou de « valeurs refuges » — ont nettement divergé.

Au premier trimestre 2026, l’or a progressé de 8,1 % parmi les principales matières premières, tandis que le Bitcoin a reculé de 22 % sur la même période. Leur corrélation glissante sur un an est tombée à -0,17 en février, suggérant qu’ils offrent désormais une véritable diversification, plutôt qu’une double exposition au même thème macroéconomique.

Le conflit iranien déclenché le 27 février a servi de « test en temps réel » de leurs qualités de valeurs refuges. Dans les 48 heures ayant suivi le début de la crise, l’or a gagné 5,2 % tandis que le Bitcoin a chuté de 12 %. Au cours des semaines suivantes, l’or s’est stabilisé autour de 4 700 $ l’once, alors que le Bitcoin a plongé vers 72 000 $ — soit une correction d’environ 35 % par rapport à son sommet de 2025 — et a évolué de concert avec le Nasdaq et le S&P 500. Au 18 juin, le Bitcoin s’échangeait autour de 63 900 $, en baisse d’environ 3 % sur 24 heures.

Forbes résumait dans une analyse du 18 juin : « Les faits observés en 2026 montrent que l’or et le Bitcoin remplissent des fonctions fondamentalement différentes dans le contexte de marché actuel. Les considérer comme des ‘couvertures monétaires’ interchangeables occulte une distinction essentielle. » L’or conserve son rôle traditionnel de réserve de valeur, soutenu par une demande structurelle des États — en particulier des banques centrales — qui assure un plancher de prix. Le Bitcoin, quant à lui, offre une exposition à bêta élevé sur le thème de la « rareté numérique reconnue comme valeur monétaire », mais sa volatilité le rend inadapté aux investisseurs cherchant à préserver leur capital lors de phases de tension à court ou moyen terme.

Comment les institutions valorisent ce duel

Les grandes institutions financières demeurent optimistes sur les perspectives de l’or à moyen et long terme, mais les avis divergent à court terme.

Wells Fargo, dans ses perspectives semestrielles publiées le 18 juin, qualifie l’or de « l’un des thèmes d’investissement les plus sûrs à l’heure actuelle », anticipant un cours de l’or entre 5 300 et 5 500 $ l’once d’ici fin 2026, et potentiellement entre 5 800 et 6 000 $ fin 2027. La banque identifie l’inflation, la situation budgétaire et la géopolitique comme les trois moteurs fondamentaux du marché de l’or, et estime que ces facteurs devraient perdurer à court terme.

Barclays maintient ses prévisions de cours pour l’or à 4 791 $ l’once en 2026 et 4 900 $ en 2027. Citi a relevé son objectif de cours pour la fin 2026 à 5 500 $.

Certaines institutions mettent toutefois en garde contre les risques à court terme. Barclays reconnaît qu’en se fondant sur l’évaluation de la juste valeur, il existe un risque baissier à court terme sur ces prévisions. Samana, de Wells Fargo, a également souligné lors d’un récent séminaire que le cours de l’or pourrait encore passer sous la barre des 4 000 $ l’once.

S’agissant des rendements obligataires, le CIO de Wells Fargo, Cronk, estime que le marché sous-estime l’impact d’une inflation persistante et de déficits budgétaires croissants, déclarant sans détour : « Le marché se trompe sur les taux depuis un certain temps. » Selon lui, les primes d’inflation, les primes de terme et les anticipations de croissance militent toutes pour le maintien de rendements élevés sur les Treasuries à long terme.

Conclusion

Le 18 juin 2026, l’or a rebondi au-dessus de 4 300 $, tandis que le rendement des Treasuries à 30 ans évoluait autour de 4,93 % — deux chiffres qui illustrent la tension fondamentale sur les marchés financiers actuels. L’or, en tant qu’actif sans rendement, fait face à son coût d’opportunité le plus élevé depuis 2007, mais son prix reste nettement supérieur à ce que suggèrent les modèles traditionnels, sous l’effet des achats des banques centrales et des tendances de dédollarisation. De son côté, le Bitcoin a affiché une forte corrélation avec les actifs risqués lors des récents stress tests, accentuant sa différenciation par rapport au rôle refuge de l’or.

Pour les investisseurs, la véritable question n’est peut-être pas « or ou obligations, quel est le meilleur choix ? », mais plutôt comment repenser le rôle de chaque actif dans un portefeuille, dans un contexte d’incertitude élevée sur les taux, l’inflation et la géopolitique. L’absence de rendement de l’or constitue certes un handicap face à des obligations à 5 %, mais la demande structurelle — notamment souveraine — apporte un soutien que les modèles de taux classiques ne peuvent expliquer. L’intensité relative de ces forces déterminera l’évolution du cours de l’or au second semestre 2026.

The content herein does not constitute any offer, solicitation, or recommendation. You should always seek independent professional advice before making any investment decisions. Please note that Gate may restrict or prohibit the use of all or a portion of the Services from Restricted Locations. For more information, please read the User Agreement
Liker le contenu