Le cadre d’IA de BlackRock : de la course à la puissance de calcul à l’essor porté par les applications

Marchés
Mis à jour: 16/06/2026 08:56

Le 16 juin 2026, la Bourse américaine a connu une séance historique. Le Dow Jones Industrial Average a bondi de 468,77 points pour clôturer à 51 671,03, atteignant un nouveau sommet absolu. Le Nasdaq Composite a progressé de 795,10 points, soit 3,07 %, pour terminer à 26 683,94. Le secteur des semi-conducteurs a été le moteur de cette hausse : NVIDIA a grimpé de 3,54 %, portant sa capitalisation boursière au-dessus de 5 000 milliards de dollars. Micron Technology a bondi de 10,84 % et Western Digital de 16,10 %.

Cependant, les signaux les plus significatifs se trouvent au-delà de ces performances en tête d’affiche. L’indice Philadelphia Semiconductor a progressé de plus de 5 % ce jour-là, clôturant à un niveau record. Parallèlement, les tokens crypto liés à l’IA ont collectivement gagné environ 20 %, Bittensor (TAO) atteignant un plus haut de trois semaines à 283 dollars. La dynamique de marché autour de l’IA évolue, passant d’une logique centrée sur la « course à la puissance de calcul » à une rotation du capital plus complexe, englobant les couches d’infrastructure, de plateforme et d’application.

Cette évolution s’inscrit dans le cadre du modèle d’investissement en trois phases de BlackRock. Premier gestionnaire d’actifs mondial, avec plus de 13 000 milliards de dollars sous gestion, BlackRock a placé dans ses perspectives annuelles 2026 « IA, rendement et diversification » comme piliers centraux. Au cœur de cette vision, une idée majeure : investir dans l’IA n’est pas un pari de court terme, mais un cycle structurel qui s’étend sur une décennie.

Première phase : la course à la puissance de calcul se poursuit, mais un point d’inflexion apparaît

Le cadre en trois phases de BlackRock — Déploiement, Adoption, Transformation — trace une trajectoire claire pour l’investissement dans l’IA. Le marché évolue toujours dans la première phase : un « super-cycle » d’investissements massifs axés sur les puces, les centres de données, l’énergie et les infrastructures de support.

Quelle est l’ampleur de cette phase ? Les hyperscalers devraient investir plus de 500 milliards de dollars en 2026 pour développer des infrastructures prêtes pour l’IA. Les géants technologiques — Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta et Oracle — consacreront ensemble entre 660 et 725 milliards de dollars de dépenses d’investissement cette année-là, dont environ 75 % destinés à l’infrastructure IA. BlackRock souligne que les investissements liés à l’IA contribueront à la croissance économique américaine à un rythme trois fois supérieur à la moyenne historique en 2026.

Les résultats de NVIDIA illustrent parfaitement cette tendance. Au premier trimestre de son exercice 2027, la société a enregistré un chiffre d’affaires de 81,615 milliards de dollars, en hausse de 85 % sur un an, dont 75,246 milliards provenant des centres de données (+92 %). Jensen Huang, son PDG, a qualifié cela de « plus grande expansion d’infrastructure de l’histoire humaine ». L’entreprise a également finalisé une émission obligataire de 25 milliards de dollars, recueillant 85 milliards de souscriptions.

Pourtant, dans ses perspectives d’investissement du printemps 2026, BlackRock a délivré un message clé : tout en restant optimiste sur l’infrastructure IA, la priorité pour 2026 se déplace vers la « diversification au-delà des méga-capitalisations technologiques ». En filigrane : la concentration des valorisations dans la première phase comporte des risques. Les « Magnificent Seven » représentent désormais plus de 40 % de la capitalisation du S&P 500, un record. Jay Jacobs, responsable des thématiques et ETF actifs chez BlackRock, le résume ainsi : cette concentration est « soit une caractéristique, soit un défaut ».

Deuxième phase : des vendeurs de pelles aux chercheurs d’or

Dans le modèle de BlackRock, la deuxième phase se concentre sur les « entreprises qui intègrent l’IA dans leur activité ». Jay Jacobs, lors du podcast Earn Your Leisure, a utilisé une analogie frappante : lors de la bulle télécom des années 1990, 500 milliards de dollars investis dans la fibre ont finalement profité à Google et Amazon. Une rotation similaire s’opère aujourd’hui dans l’IA.

Qu’est-ce qui étaye cette analyse ? Un trait structurel de l’investissement dans l’IA est le « front-loading des investissements, back-loading des retours » : les dépenses d’infrastructure sont concentrées au début, tandis que les revenus arrivent plus tard. Ce décalage crée une « bosse de financement » : à mesure que les infrastructures entrent en service, les premiers à générer de la valeur commerciale ne seront pas forcément les fabricants de puces, mais les acteurs des plateformes et applications qui transforment les capacités de l’IA en produits et services.

Les données de marché de 2026 montrent déjà des signes précurseurs. JPMorgan souligne que, sur les 18 derniers mois, les investisseurs en ETF cherchant une exposition à l’IA ont massivement privilégié les fonds semi-conducteurs et hardware, alors que les ETF logiciels plus larges sont restés en retrait. Ce déséquilibre attire l’attention : les investisseurs commencent à regarder au-delà des puces et des centres de données, à la recherche d’entreprises capables de monétiser réellement l’adoption de l’IA.

Le rapport d’orientation de BlackRock pour 2026 va plus loin : dans l’IA, la société privilégie des stratégies alpha à forte conviction, visant l’innovation et une allocation dynamique sur l’ensemble de la chaîne de valeur IA. Cela traduit un passage du « buy the chip stocks » passif à des stratégies actives d’allocation IA. L’ETF actif iShares A.I. Innovation and Tech (BAI) de BlackRock dépasse déjà les 8 milliards de dollars d’actifs.

Troisième phase : l’IA concrète et les attentes de long terme

La troisième phase concerne « l’IA concrète » — applications comme les véhicules autonomes ou la robotique. BlackRock note que le déploiement de l’IA pourrait être plus rapide et massif que toute révolution technologique précédente. Mais les prévisions de marché restent prudentes : en juin 2026, la probabilité de lancement du robotaxi de Tesla en Californie ce mois-ci n’est que de 3 %. Cela suggère que les retours significatifs de la troisième phase restent encore éloignés.

Dans ses perspectives mondiales 2026, BlackRock met en avant trois grands thèmes d’investissement : « Le micro fait le macro », « Effet de levier » et « Illusion de diversification ». « Le micro fait le macro » souligne que les choix d’investissement dans l’IA à l’échelle micro redessinent le paysage macroéconomique — les seuls investissements d’infrastructure IA contribueront à la croissance américaine à un rythme trois fois supérieur à la moyenne historique en 2026. « Effet de levier » met en garde : les acteurs de l’IA recourent davantage à l’endettement, et un système financier très levier est plus vulnérable aux chocs, comme la flambée des rendements obligataires.

La trajectoire de rotation du capital et les secteurs bénéficiaires

Selon le cadre de BlackRock, la trajectoire de rotation du capital dans l’investissement IA est claire :

Phase 1 (actuellement dominante) : puces (NVIDIA, AMD), infrastructure de centres de données, infrastructures énergétiques, équipements pour semi-conducteurs. Les dépenses d’investissement dans cette phase devraient croître de plus de 34 % en 2026.

Phase 2 (en émergence) : plateformes IA et fournisseurs de services cloud, logiciels et applications d’entreprise propulsés par l’IA, services de données enrichis par l’IA, edge computing et infrastructures d’inférence. BlackRock note que les anticipations de résultats des entreprises américaines sont régulièrement revues à la hausse, malgré la volatilité et les corrections de prix. Les révisions à la hausse des bénéfices attendus pour 2026 et 2027 figurent parmi les plus importantes depuis 1988.

Phase 3 (long terme) : conduite autonome, robotique, économie des agents IA. Selon Gartner, d’ici fin 2026, 40 % des applications d’entreprise intégreront des agents IA spécialisés.

À noter, les perspectives de printemps 2026 de BlackRock mettent en avant le rôle central des marchés émergents hors États-Unis dans le déploiement de l’IA, ce qui conduit la société à privilégier les actions des marchés émergents par rapport aux marchés développés. Cette orientation fournit des repères importants pour l’allocation mondiale des actifs.

Évolution des allocations institutionnelles

Les flux de capitaux institutionnels montrent que l’exposition à l’IA évolue d’une concentration vers une diffusion. Les enquêtes de BlackRock indiquent qu’en 2026, les investisseurs cherchant à s’exposer à l’IA privilégient les fournisseurs d’énergie et d’infrastructures plutôt que les méga-capitalisations technologiques de Wall Street. Les ETP mondiaux sur l’énergie ont attiré 16,9 milliards de dollars d’entrées en 2026, mettant fin à trois années consécutives de sorties nettes. Les ETP actions des marchés émergents ont déjà collecté 21,7 milliards de dollars en 2026, soit le deuxième plus important afflux annuel jamais enregistré.

Ces données révèlent une tendance : les investisseurs institutionnels descendent dans la chaîne de valeur IA, élargissant leur exposition de la fabrication de puces en amont à l’approvisionnement énergétique, aux infrastructures des marchés émergents, et enfin à la couche applicative.

Conclusion

Le cadre en trois phases de BlackRock offre une lecture systématique du cycle d’investissement dans l’IA. Le marché reste à l’apogée de la phase de déploiement d’infrastructures, mais la phase deux — la pénétration des capacités IA dans les entreprises et les secteurs — s’accélère. Pour les investisseurs, l’enjeu est de saisir le rythme et les signaux de la rotation du capital, de la « course à la puissance de calcul » à « l’explosion des applications ».

Comme le résume Jay Jacobs, « le trading IA est une affaire de court terme, mais investir dans l’IA s’inscrit sur dix ans ». Dans ce cadre décennal, la liste des bénéficiaires dépasse largement les fabricants de puces. Des logiciels d’entreprise à l’infrastructure énergétique, des marchés émergents aux réseaux de calcul décentralisés, la création de valeur par l’IA s’étend d’une niche étroite à une tendance structurelle qui touche l’ensemble de l’économie.

Le 16 juin 2026, avec un Nasdaq en hausse de 3,07 %, les semi-conducteurs en tête, les logiciels en relais et les tokens IA en écho : une illustration concrète du modèle en trois phases qui se déploie sur les marchés.

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